Allocution liminaire du Directeur général de l’OMS lors de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur l’amélioration de la sécurité routière dans le monde — 20 juillet 2026

20 juillet 2026
Remarques
New York, États-Unis d’Amérique
Temps de lecture

Votre Excellence Annalena Baerbock, Présidente de l’Assemblée générale,

Votre Excellence, Madame l’Ambassadrice Aida Kasymalieva,

Votre Excellence, Monsieur l’Ambassadeur Peter Hulényi,

Mon ami Monsieur Jean Todt,

Monsieur l’Ambassadeur Thapa, Président de l’ECOSOC,

Excellences, chers collègues et amis, chères collègues et amies,

Permettez-moi de commencer par un sondage.

S’il y a parmi vous des personnes qui ont déjà été victimes d’une collision de véhicules, veuillez vous lever.

[ATTENTE PENDANT QUE LES PERSONNES SE LÈVENT]

Merci de rester debout pendant que je pose une autre question :

Si une personne qui vous est chère a perdu la vie ou a été gravement blessée dans une collision de véhicules, je vous invite également à vous lever.

[ATTENTE PENDANT QUE LES PERSONNES SE LÈVENT]

Nous sommes presque tous concernés. Merci, je vous invite à vous rasseoir.

[ATTENTE PENDANT QUE LES PERSONNES SE RASSOIENT]

D’une manière ou d’une autre, la sécurité routière nous touche toutes et tous.

Je le constate dans cette salle aujourd’hui, et je le ressens également.

Rien que l’année dernière, plus de 1,1 million de personnes ont perdu la vie sur les routes du monde entier. Cela représente plus de deux décès par minute.

Ce sont 1,1 million de personnes qui avaient pris la route — pour se rendre au travail, à l’école, faire des courses ou rendre visite à leur famille ou à des amis — et qui ne sont jamais arrivées à destination.

Un parent qui n’est jamais rentré à la maison pour le dîner. Un enfant qui n’est jamais arrivé à l’école. Un ami à qui l’on n’a jamais pu dire au revoir.

Des vies fauchées en un instant.

Celles et ceux qui survivent conservent souvent des séquelles qui bouleversent leur vie, et leurs familles doivent leur prodiguer des soins, partager leur chagrin et continuer à avancer à leurs côtés.

Ce bilan est d’autant plus choquant quand on sait que chacun de ces décès et de ces blessures aurait pu être évité.

Derrière chaque chiffre se cache un nom, un visage, une histoire. Nous leur devons d’agir.

Il est encourageant de constater qu’ensemble, nous avons déjà réalisé de réels progrès.

Depuis 2011, le nombre annuel de décès survenus sur les routes a reculé de 9 % à l’échelle mondiale, et le taux de collisions mortelles a diminué de 21 %.

Des avancées notables sont observées dans toutes les régions.

Le Mexique a fait de la sécurité de la mobilité un droit universel.

La Zambie a intensifié ses efforts de collecte et d’analyse des données.

La Thaïlande a renforcé les soins d’urgence.

Le Viet Nam a adopté des lois et des réglementations strictes.

La nouvelle stratégie de sécurité routière du Royaume-Uni met l’accent sur la gouvernance et la responsabilisation.

Et les Émirats arabes unis font partie des dix pays ayant réduit de moitié le nombre de décès sur les routes en dix ans.

La Déclaration de Marrakech adoptée l’an dernier est un moteur de progrès.

Et le premier cadre africain juridiquement contraignant en matière de sécurité routière est entré en vigueur cette année.

Ensemble, nous avons démontré que le développement n’est pas nécessairement synonyme d’une augmentation des décès sur la route, et qu’il ne doit en aucun cas l’être.

Mais cela ne suffit pas.

Les collisions restent la première cause de décès chez les enfants et les jeunes adultes âgés de 5 à 29 ans.

Toutes ces jeunes vies avaient un avenir. Nous ne pouvons pas accepter de les perdre alors qu’elles s’apprêtaient à le vivre.

Notre objectif est de réduire de 50 % le nombre de décès d’ici 2030.

Et à mi-parcours de la Décennie d’action pour la sécurité routière, le temps des discours est révolu.

Il est temps d’agir.

C’est précisément l’objectif de la déclaration que vous adoptez aujourd’hui. Je remercie le Kirghizistan et la Slovaquie pour le rôle déterminant qu’ils ont joué dans cette négociation.

Je félicite les États Membres pour leur engagement à :

  • adopter des stratégies nationales audacieuses assorties de cibles, d’échéances et de budgets ;
  • désigner des organismes chefs de file en matière de sécurité routière ;
  • améliorer les données, les lois, les réglementations et leur application ;
  • renforcer la sécurité des véhicules et des infrastructures ;
  • gérer la vitesse sur les routes ;
  • améliorer la réadaptation et les soins de traumatologie ;
  • et faire en sorte que les transports publics soient sûrs, abordables et accessibles.

Le Plan mondial pour la Décennie d’action nous montre la voie à suivre.

La mise en place de systèmes routiers sûrs est une tâche complexe.

Elle exige un changement de paradigme pour faire de la sécurité une priorité.

Cela implique de concevoir les voies publiques en pensant d’abord aux personnes, plutôt qu’aux véhicules motorisés.

Cela implique d’accepter que les gens commettent des erreurs et de prendre les mesures nécessaires pour que ces erreurs ne soient pas mortelles.

Cela implique de faire davantage pour protéger les piétons, les cyclistes et les motocyclistes, car leur vie compte autant que celle de toute personne au volant.

Cette tâche n’incombe pas au seul secteur de la santé. J’espère que vous partagerez mon avis. Chacun doit apporter sa contribution.

Il faut que les entreprises placent la sécurité au cœur de leurs activités.

Il faut que le monde universitaire, la société civile et les médias présentent des données factuelles et mettent les dirigeants et les dirigeantes face à leurs responsabilités.

Il faut que les mouvements de jeunesse réclament des mesures et nous aident à les mettre en œuvre, car trop souvent, c’est leur génération qui paie le plus lourd tribut.

Si nous relevons ce défi, les bénéfices seront immenses.

La sécurité routière peut entraîner d’énormes bienfaits pour la santé des personnes et de la planète.

Lorsque les infrastructures sont sûres, les gens sont plus enclins à se déplacer à pied ou en vélo.

Chaque pas parcouru et chaque trajet à vélo réduit le risque de maladies cardiaques, de diabète et de cancer.

Et si nous leur en donnons la possibilité, davantage de personnes opteront pour les transports en commun.

Cela se traduit par un air plus pur et plus frais, des embouteillages moins nombreux et des espaces publics plus animés.

Cela facilite l’accès à l’emploi, à l’école et à d’autres opportunités.

Cela favorise la transition écologique et permet à davantage de personnes de vivre plus longtemps, en meilleure santé et plus heureuses.

Tout cela est possible si nous accordons la priorité aux personnes et à la sécurité.

Excellences, chers collègues et amis, chères collègues et amies,

Dans un monde turbulent où les divisions ne cessent de s’accentuer, nous pouvons toutes et tous nous accorder sur l’importance de la sécurité routière.

Nous pouvons convenir que toute personne qui prend la route, que ce soit pour se rendre au travail, à l’école ou pour rendre visite à ses proches, doit arriver à destination en toute sécurité.

Que cette déclaration soit plus que de simples mots sur une page.

Qu’elle soit une promesse, faite à chaque famille qui s’est levée ici aujourd’hui, ainsi qu’à toutes celles qui ne sont pas dans cette salle mais qui ont perdu un être cher.

Nous pouvons réaliser cette promesse. Alors, ensemble, agissons, pour ces familles.

Je vous remercie.